laboriô
Tout en haut de la Rocinha, une langue de maisons qui monte dans la forêt, vers le Morro do Laboriaux. C’est le coin des « éperviers du morro », les garçons du Laboriô photographiés par Fotogracria.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
rocinha · rio de janeiro/22°59′ S · 43°15′ O/rio de janeiro, UTC−3
Trois projets d’images fabriqués avec les enfants et les jeunes de la Rocinha, et trois expositions collées sur ses murs, là où les histoires naissent.
trois projets, dans l’ordrela favela est, en elle-même, un musée vivant.
Ici, personne n’est venu « donner la parole ». Les images se fabriquent ensemble : les enfants, les jeunes et les habitant·es de la Rocinha photographient, et Fotogracria et l’équipe de mOst photographient avec eux, pendant les balades, les ateliers et les rencontres. Les titres, les légendes et les choix d’accrochage sont ceux des participant·es. mOst, puis Fotogracria, ont ouvert l’espace, apporté des outils, accompagné les regards.
Puis les images sont retournées dans les ruelles. Collées sur les murs du quartier, elles ont d’abord été vues par celles et ceux qui y vivent, avant d’arriver ici, dans cette archive en ligne.
Accrochée aux pentes du Morro Dois Irmãos, entre Gávea et São Conrado, la Rocinha est la favela la plus peuplée du Brésil : 72 021 habitant·es au recensement de 2022. On la montre souvent de loin : un décor de carte postale vu depuis la plage, ou un titre de journal un jour d’opération policière.
Ce site part de l’autre côté : les becos et les vielas, ces ruelles où l’on se croise à deux, les lajes, ces toits-terrasses où l’on danse, étend le linge et fait voler les cerfs-volants, la Rua 4, le Portão Vermelho, la Macega et la T.L., tout en haut. Chacun de ces lieux a son nom, son histoire, ses habitué·es. Les enfants de la Rocinha les connaissent par cœur. Ce sont eux qui les ont photographiés.
Cette photo me donne un calme inexplicable, et la nostalgie de l’époque de ma mère. (vibe da rocinha, 2024)
Faites tourner la maquette : chaque repère ouvre les photos faites à cet endroit, du haut du morro jusqu’à l’Estrada da Gávea.
glisser pour tourner · pincer ou ctrl + molette pour zoomer · toucher un repère pour voir ses photos
Tout en haut de la Rocinha, une langue de maisons qui monte dans la forêt, vers le Morro do Laboriaux. C’est le coin des « éperviers du morro », les garçons du Laboriô photographiés par Fotogracria.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Un endroit où les enfants et les adultes viennent faire du sport, avec le drapeau de Flamengo à l’entrée. En 2024, les jeunes y ont photographié leurs amis.
voir dans le projet2024 · vibe da rocinha
Sur les hauteurs, côté Morro Dois Irmãos, la quadra que tout le monde appelle la T.L. (Terra da Lama). C’est là que se sont tenus les ateliers de « viver é um luxo », avec les enfants de la T.L.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo 2025-2026 · os menor da rua 4
En haut du versant ouest, à la lisière de la forêt. Des enfants jouent sur une laje de la Dionéia, en hiver : « kurumins, l’avenir de la Rocinha ».
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Sa laje, d’où l’on fait voler les cerfs-volants, et sa grande douche, où les crias se rafraîchissent les jours de chaleur.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Là où Fotogracria a grandi. Autrefois des ruelles étroites, aujourd’hui une rue en pente, pour la moto, le skate et le Salão dos Crias. Le cœur de « os menor da rua 4 ».
voir dans le projet2024 · vibe da rocinha 2025 · viver é um luxo 2025-2026 · os menor da rua 4
Le grand virage de l’Estrada da Gávea, la route qui traverse toute la Rocinha. Une vue qui revient d’un projet à l’autre : « vibe da rocinha » en 2024, puis « os menor da rua 4 ».
voir dans le projet2024 · vibe da rocinha 2025-2026 · os menor da rua 4
À mi-pente, du côté ouest. Le jour de Noël 2020, pendant une séance de peinture, Breno y traverse la rue, une bombe de peinture à la main.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Dans le bas de la favela, les becos qui longent le Valão, le canal qui donne son nom au coin. Breno et Brian y jouent à The King of Fighters chez un barbier.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Une place dans le bas de la favela, du côté de São Conrado. WB y danse le passinho sur la laje de Ruan, et Bruno y sourit avant d’aller à la plage.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
La favela voisine, de l’autre côté du Morro Dois Irmãos. Fotogracria y a photographié MC Poze, souriant dans les coulisses d’un tournage.
voir dans le projet2025 · viver é um luxo
Six salles, dix murs, une exposition collée dans toute la favela : le cœur de ce site, mené avec la photographe Fotogracria et les enfants de la T.L.
Salemm, dite Fotogracria, photographe et directrice artistique, née et grandie à la Rua 4.
Salemm, que tout le monde appelle Fotogracria, est photographe et directrice artistique. Elle est née et a grandi dans la Rocinha, à la Rua 4. Fatiguée des images négatives que l’on donnait de sa communauté, elle a décidé de montrer la beauté des becos et des vielas depuis son regard d’habitante, avec la créativité et les outils de l’audiovisuel.
Ses images ne viennent pas d’un reportage : elles viennent d’une vie. Gustavo à moto dans les pentes de la nouvelle Rua 4, là où il y avait autrefois les ruelles étroites où ils ont grandi ensemble ; les filles qui dansent le funk sur la laje d’Eliane, sa mère ; Maquininha, le barbier dont elle suit le parcours depuis 2020. La photographe est dans l’image autant que derrière.


Avant d’être la Rocinha, et avant même la fazenda Quebra Cangalha, ce morro était, au XVIe siècle, un territoire tamoio. À partir de ce savoir et de ses archives familiales, Fotogracria a lancé le projet « desapagamento » : garder vivante la mémoire des peuples autochtones et de leurs descendant·es dans les favelas.
La première photographie de la série montre Abeguar sur sa laje, au Laboriô, la partie la plus haute de la Rocinha, face au Morro Dois Irmãos, à côté d’un embaúba. Cet arbre très résistant est essentiel au reboisement de la forêt atlantique.
Elle mène aussi une recherche sur la culture des cheveux décolorés dans les favelas, et sur l’effacement de l’identité autochtone. Le « reflexo », ces petits points blonds obtenus avec un bonnet de salon percé, est pour elle la marque de celui qui a été touché par Guaraci, le Soleil ; le « nevou », les cheveux entièrement blanchis, celle de celui qui a été touché par Jaci, la Lune.
Depuis 2025, Fotogracria conçoit et mène les projets avec mOst. Elle anime les ateliers de photographie et de direction artistique, accompagne les enfants quand ils donnent un titre et une légende à leurs images, montre ses propres photographies à côté des leurs, et installe avec eux les expositions dans le morro.
Son regard vient de l’intérieur : des becos, des vielas et des lajes qu’elle connaît comme habitante. Avec mOst, cette rencontre est devenue une méthode : une co-création réelle, où les participant·es sont de toutes les étapes, de l’idée au collage.
queremos que a arte aconteça onde as histórias nascem.Nous voulons que l’art ait lieu là où les histoires naissent.
Chez mOst, un projet ne se fait pas « sur » un quartier : il se fabrique à partir de lui, avec celles et ceux qui le construisent chaque jour. Dans la Rocinha, les ateliers ont été pensés comme un processus complet, du regard au geste, de la conversation à l’image.
À chaque rencontre, le groupe a choisi ce qu’il voulait montrer, comment le montrer, et quelles histoires méritaient de prendre forme. Personne n’a écrit à la place de personne.
L’équipe de mOst photographie aussi. Elle fait beaucoup d’images avec les jeunes et à côté d’eux : pendant les balades, les ateliers, les séances de pose et les collages. Ces photos font partie du processus de création : elles gardent la trace des rencontres et de la co-création, et elles rejoignent l’archive commune, avec celles des participant·es.

Cadrer, attendre, choisir. En argentique et en numérique, les enfants photographient leurs amis, leurs lieux, leurs héros.

Poser, mettre en scène, choisir une lumière : avec Fotogracria, la photo devient aussi une image que l’on construit ensemble.

En 2024, chacun·e dessine sa Rocinha : trajets, lieux aimés, lieux évités. La carte devient ensuite l’itinéraire des balades photo.

Petits entretiens avec les voisin·es et les proches : écouter avant de montrer.

Chaque image reçoit un nom et une phrase, dans la langue du quartier. C’est là que le regard devient un récit.

Grandes affiches collées à la brosse sur les murs : l’exposition rejoint la rue, sans horaires ni billet.
Archiver est un geste de réparation. Ses archives familiales lui ont permis de retrouver l’histoire autochtone de la Rocinha. Ses photos de Maquininha, de Bruno, des enfants de la Rua 4 construisent, année après année, une mémoire que personne ne gardera à leur place.
Bruno, l’un des premiers photographes qu’elle a connus, a commencé par photographier les bodyboarders de la Rocinha. Aujourd’hui, c’est elle qui le photographie : l’archive passe de main en main.
L’archive n’est pas un fonds rangé dans un carton : c’est ce qui revient au quartier. Planches-contacts collées dans la rue, prénoms des auteur·rices, légendes dans leurs mots : les images de 2024 répondent à celles de 2025, qui répondent à celles de 2026.
Ce site en est la version en ligne : une archive vivante, ouverte, consultable depuis la Rocinha comme depuis Montreuil, et qui continuera de s’enrichir.

trois planches-contacts collées côte à côte, 2026 : macega / terra da lama · rua 4 · la noue / clos-français
Plutôt que d’amener la communauté au musée, faire de la favela le musée. Les trois expositions ont d’abord eu lieu dans la Rocinha, sur ses murs : affiches grand format collées à la brosse dans les ruelles, sur les façades, devant un salon de coiffure, au pied des escaliers.
Les passant·es s’arrêtent, les enfants retrouvent leurs photos, les voisin·es se reconnaissent. Une exposition dans la rue n’a ni horaires, ni billet, ni gardien : elle appartient à tout le monde, et elle vieillit avec les murs qui la portent. C’est cela, faire des quartiers populaires des lieux de culture.
2024 · vibe da rocinhavoir l’exposition →
2025 · viver é um luxovoir l’exposition →
2025-2026 · os menor da rua 4voir l’exposition →mOst travaille dans des quartiers populaires, en France et ailleurs : la Maré, à Rio, Valle de Chalco, au Mexique, l’Almont, à Melun, La Noue, à Montreuil. Avec « os menor da rua 4 », deux de ces territoires se sont répondu directement : les enfants de La Noue / Clos Français ont présenté leur quartier aux enfants de la Rua 4, et leurs photos ont été collées dans la Rocinha, à côté de celles de la Macega et de la Rua 4.
Rocinha et Montreuil, Rua 4 et La Noue : chacune avec sa langue et son énergie, mais avec la même certitude : les périphéries ne sont pas une marge. Elles sont un centre de création, de mémoire et d’avenir.
Ici, c’est notre quartier : le monde est à Noue !les enfants de La Noue / Clos Français, Montreuil, 2025